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Radio France : la nécessaire place des compositrices et compositeurs vivant·e·s

Un rapport rédigé par le syndicat, s’appuyant sur une large enquête portant sur les saisons artistiques et radiophoniques 2017–2018 à 2019–2020, fait un certain nombre de constats et formule 12 préconisations visant à améliorer la présence du répertoire contemporain et des compositrices et compositeurs au sein de Radio France.

Premier groupe de radio de France avec ses six stations nationales et quarante-quatre radios locales, Radio France est également, avec ses quatre formations musicales permanentes et l'Orgue de l'Auditorium de la Maison de la radio et de la musique, le premier producteur de concerts en Europe. De surcroît, le groupe accueille dans ses murs les studios du Groupe de recherches musicales, créés dans la seconde moitié du XXe siècle au côté des studios de radio.
Radio France joue dès lors un rôle capital dans l'activité des compositrices et compositeurs de musique contemporaine, de la commande à la diffusion en passant par la production et la promotion.

Dès lors, le Syndicat français des compositrices et compositeurs de musique contemporaine s'est mis en relation avec la direction de la musique et de celle de France Musique dès la fin de l'année 2020.
En février 2021, Michel Orier a annoncé un doublement du budget dévolu des commandes d'œuvre et, fin mars 2021, France Musique a consacré une semaine Action ! Création ! à la création musicale.
Si le SMC ne peut que se réjouir de telles initiatives de la part de Radio France, il souhaite contribuer aux réflexions en cours en rendant public un rapport détaillé sur les liens des compositrices et compositeurs avec cette institution. Pensé avant tout comme un support pour les discussions à venir, il porte tout autant sur la place de la création musicale dans la saison artistique que sur sa valorisation sur les antennes, en s'attachant également à évaluer comment Radio France accompagne les compositrices et les compositeurs.

Sortir la musique contemporaine d'un ghetto

Le festival Présences est un moment charnière dans la programmation de musique contemporaine de Radio France : il concentre presque la moitié des œuvres écrites par les compositrices et compositeurs vivant·e·s et presque 60% des œuvres en création programmées chaque année.
S'agissant de la diffusion radiophonique, la musique contemporaine n'est présente que sur les ondes de France Musique. Cependant, la concurrence du privé semble l'avoir progressivement éloigné de sa première mission – « favoris[er] la création musicale » – au profit du répertoire de patrimoine, largement prépondérant à l'antenne. Sur les moins de 10% de temps d'antenne dédiés à la musique contemporaine, la majeure partie se concentre uniquement sur deux soirées hebdomadaires.
Cette programmation place la musique contemporaine dans un ghetto que l'on reproche aux compositrices et compositeurs de construire eux-mêmes. Mais quel artiste souhaite vivre dans un ghetto ?
Le SMC préconise que la programmation de chaque mois de la saison artistique comprenne au moins une création et au minimum un quart d'œuvres composées après 1950. Concernant France Musique, la diffusion doit être densifiée sur l'ensemble de la grille, tous les jours et tout au long de la journée, notamment en valorisant les enregistrements d'œuvres contemporaines réalisés par Radio France.

Diversité

Dans la saison artistique, le quart des œuvres composées après 1950 programmées ont été écrites par 3% des compositrices et compositeurs programmé·e·s sur la période étudiée, soit par 7 sur 243. Cet impressionnant effet de concentration est d'ailleurs plus important s'agissant des reprises. La même minorité, qui se retrouve également invitée lors des émissions les plus importantes de la grille de France Musique telles que Les grands entretiens, ne comprend aucune compositrice ni aucun compositeur de moins de 50 ans. Au lieu de valoriser le travail des compositrices et compositeurs dans toute sa diversité, la politique menée par Radio France a, au contraire, pour effet principal de participer à la « starification » d'une minorité.
Concernant la saison de concerts, les moins de 40 ans sont sous-représenté·e·s avec seulement 16% de la programmation – même si l'on note une légère augmentation sur les 3 années étudiées. Concernant la parité F/M, seulement 14% des œuvres programmées sont celles de compositrices et il ne semble pas qu'une politique ait été engagée vis-à-vis des jeunes compositrices : les commandes et reprises des compositrices de moins de 40 ans sont quatre fois inférieures à celles de leurs homologues masculins.
Seule la programmation de l'émission Création mondiale est à saluer en la matière et peut constituer un exemple vertueux au sein de Radio France : environ 40% des inédits composées par des compositrices et la moitié par des compositrices et compositeurs de moins de 40 ans.
Le SMC préconise de porter une attention toute particulière à la diversité, aussi bien dans l'équilibre entre les compositrices et les compositeurs que dans celui entre les différentes générations ou bien entre les différentes esthétiques. Quant à la politique de reprise et de promotion radiophonique, elle doit s'élargir afin de valoriser le travail du plus grand nombre.

Revoir la répartition de la parole et de la valeur

La parole des compositrices et compositeurs est aujourd'hui absente des antennes de Radio France, hormis France Musique. Sur cette dernière, la parole donnée aux compositrices et compositeurs est très largement inférieure à celle donnée aux interprètes : sur les trois saisons étudiées, seulement 9% des émissions inédites des Grands entretiens sont dédiées à des créatrices et créateurs. Le SMC préconise une invitation des compositrices et compositeurs sur l'ensemble des antennes et un rééquilibrage avec la parole donnée aux interprètes.
D'autre part, la rémunération des commandes d'œuvres reste aujourd'hui largement en-deçà des barèmes pratiqués ailleurs ; la prime de commande pour l'émission Création mondiale, actuellement de 1000€ brut HT forfaitaire, n'est pas décente vis-à-vis du temps de travail nécessaire à l'écriture d'une œuvre de 10 minutes. Le SMC préconise une revalorisation rapide de la rémunération des commandes, en mettant en place une meilleure répartition de la valeur en réduisant l'écart de rémunération avec certain·e·s interprètes.

En outre, le SMC préconise une meilleure implication des formations musicales permanentes dans la dynamique de création, la remise en place sur une des antennes de Radio France d'un espace de création radiophonique ouvert aux propositions artistiques des compositrices et compositeurs, une réflexion quant au développement de résidences pour les compositrices et compositeurs au sein de la Maison de la radio et de la musique et une réflexion commune sur l'innovation technologique au service de la création musicale.

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Communiqué à télécharger [ PDF ]